Comment détruire la société syrienne : le général Assad à l oeuvre

1982 :: Souàl N:2

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Pour comprendre la situation en Syrie, il faudrait éventuellement mettre entre parenthèses des notions communément admises, telles qu'Etat, Droit, Légitimité, Politique, Lutte des Classes, Idéologie, etc. Il faudrait mettre en valeur d'autres notions telles que Clan, Violence, Intoxication informationnelle, discrimination Sociale et Communautaire, Domination, Répression, Pillage, Chantage et Terreur. Il s'agit en effet de l'installation au pouvoir d'un clan minoritaire, conscient de son isolement total, et ne comptant pour s'y maintenir que sur sa capacité de briser systématiquement et violemment les structures culturelles, politiques et économiques de la communauté sur laquelle il compte assurer sa domination. Les derniers événements de Hama, qui sont sans précédents dans l'histoire politique du pays, représentent le point culminant de ce processus de destruction morale et physique d'une société, processus qu'on appelait ailleurs autrefois « pacification » et qu'on nomme en-core« normalisation».

 

La constitution d'un pouvoir clanique :

L'ascension du clan Assad a débuté en 1963, lorsque le 8 mars, le Comité Militaire (1), constitué d'officiers d'origine bathiste, a pris le pouvoir. Ne bénéficiant ni d'assise sociale solide, ni d'un soutien populaire, le nouveau régime, qui fait appel pour se donner une façade civile, au parti Baath, lui-même très minoritaire et anachronique, doit dès le début affronter la résistance unanime d'une population partagée entre le nationalisme nassérien et le libéralisme local .

Au prix d'une répression ,sanglante, d'épuration systématique et massive de l'armée, de l'administration et de l'enseignement, le Comité Militaire parvient à imposer son système de fer après avoir déjoué plusieurs coups d'Etat.

Mais le contrôle total des appareils d'Etat s'avère peu fiable. A la fin de 1964, une grève générale paralyse l'ensemble du commerce et des activités du secteur privé. Elle se transforme en une émeute à Hama tandis que dans les autres villes des manifestations populaires  massives ébranlent le nouveau régime. Pour la première fois dans l'histoire moderne du pays l'armée intervient: elle a pour cible les manifestants réfugiés dans les mosquées dont un certain nombre est détruit (à Hama) ou occupé par les chars à Homs et ailleurs.

Pour supplanter l'armée, le régime met sur pied une milice baathiste (al-Horath al-qawnir) qui se donne pour tâche de forcer les portes des · magasins · fermés et d'intimider la population.

Boycottés par tous les secteurs de l'opinion publique, les nouveaux dirigeants, désespérés et craignant pour l'avenir, cherchent à consolider rapidement leur pouvoir en recrutant massivement dans leur communauté d'origine, la communauté alaouite, forte seulement de 500 à 700 mille personnes, mais soudée par l'appartenance à une secte ultra-minoritaire de l'Islam, ainsi qu'à une région rurale semi-aride, toutes choses qui ont contribué à préserver chez ses habitants un esprit de corps très vivace conforté par la persistance des rapports tribaux et de parenté.

Ce recrutement· massif, des alaouites  pour remplacer les cadres de l'Etat .et deJ'armée révoqués ou pourchassés, provoque en 1965 une crise majeure au sein du parti unique, le Baath, et se termine par l'élimination de l'aile civile avec les dirigeants historiques: Al-Bitar, Aflàq, Razaz, et d'autres.

Le groupe Jdid, vainqueur de l'épreuve de force lève par cette élimination le dernier verrou contre une domination complète et totale du clan alaouite qui est en train de s'organiser au sein et à travers l'armée. Epaulé, dans un premier temps, par des groupes minoritaires ou communautaires : ismailite, deirite et houranite,  il  les délogera à  son tour de leurs positions au cours de son ascension irréversible, avant comme après la défaite de 1967.

Ainsi, lorsque le général Assad, ministre de la Défense dans l'ancien gouvernement et chef de l'aviation, accède au pouvoir par le coup d'Etat de 1970, la majeure partie des postes de commande de l'Etat sont aux mains d'un seul clan, le sien, clan homogène et qui se renforce constamment. Pendant plus de dix ans 80 % des promotions des académies militaires, des bourses scolaires, des postes dans la fonction publique sont attribués à des personnes appartenant à ce clan.

Plébiscité en 1971 pour la présidence de la République  Assad promet la liberté, la suppression  des services de sécurité-répression, l'égalité, le respect de la dignité de l'homme etc. Il tente même une ouverture timide dans la direction des anciennes formations politiques nationalistes, déjà sans base politique. 

Mais il n'admet nullement l'accès de ses nouveaux alliés à l'armée, à l'enseignement ou aux services de renseignements. Il accepte de distribuer quelques postes de ministres aux membres du Front Progressiste à condition que ces derniers abandonnent toute activité politique qui ne soit commanditée par le président, chef du Front. Les deux partis dignes de ce nom (communiste et nassérien) quittent le front quelques mois après sa constitution non sans lui laisser leurs ministres en place qui refusent de suivre la direction.

La révision de la constitution en 1973 offre l'occasion d'une nouvelle démonstration de force  de la résistance populaire.

Le président, handicapé par son appartenance à une secte considérée comme hérétique, propose  la suppression de l'article stipulant que la religion du chef de l'Etat est l'Islam ; article qui figurait dans la constitution précédente.

Grève générale et manifestations se déroulent alors dans l'ensemble des villes, suivies par des affrontements avec les forces de sécurité et par le quadrillage des quartiers populaires par l'armée durant plusieurs mois ; le régime cède, mais l' effervescence religieuse qui suit ces évènements ne se calme pas .

A partir de cette date, le pouvoir prend un nouveau visage Il ne fait plus aucun effort pour dissimuler la domination de son clan, au contraire il l'affirme· et la pratique comme une politique d'Etat. Dans ce but, il crée, sous le commandement de Rif'at, frère du président, une garde prétorienne dénommée Brigades de défense, et la dote d'armements supérieurs à ceux de l'armée régulière. Elle est constituée  essentiellement d'alaouites et cantonnée dans les villes et spécialement dans la capitale. Armée de dissuasion au début, puis garantie contre un coup d'Etat éventuel les Brigades de défense se transforment progressivement en une force de répression, d'intimidation, de pillage et de corruption. Elles affichent leur mépris des valeurs morales et religieuses autour desquelles la société organise sa résistance : violation de domicile, agressions, viols de jeunes filles,  vols,  trafics de tout genre, profanation des lieux de prière, voilà leur activité de tous les jours ; et c'est autant pour intimider la population et la dompter que pour marquer aux yeux de tout un chacun que  le régime n a qu'un seul  fondement, une seule légitimité, la force brutale.

La logique de la défense du clan, entraîne le pouvoir à attaquer la religion en tant que source de valeurs morales et civiques qui  , opposent à son emprise sur la société ; ce faisant il contribue â cristalliser  progressivement la résistance populaire autour de' ces valeurs, reproduisant des schémas analogues à ceux qu'a connu l'Algérie  pendant sa lutte de libération nationale .

Ainsi les mosquées  sont de plus en plus surveillées, les imams sont obligés d'appeler au nom du nouveau «sultan» aux prières du vendredi, les programmes scolaires sont révisés, des Corans sont  réédités avec en page de garde la photographie dµ président, les fêtes religieuses traditionnelles sont perturbées par l'intervention des services de répression enlevant les banderoles  ou les affiches. Les moyens d'information sont appelé à  participer à la  campagne de désislamisation, les films pornographiques censurés jusqu'ici, envahissent toutes les salles de cinéma populaires, les boites de· nuit exposent complaisamment leur programme de strip-tease etc Dans l'attitude du régime à l'égard de la sensibilité populaire, il y a autant de mépris pour les fondements moraux de cette population que de volonté d'humilier les forces politiques qui s'appuient sur elle.

La réplique à cette politique ne tarde pas. Quelques mois avant la guerre d'octobre de 1973, , des évènements éclatent dans la moitié nord du pays. Des manifestations tournantes de jeunes gens s'affrontent aux forces de sécurité. Les mêmes scènes de violence, d'enterrement de victimes et d'occupation des villes par l'armée se reproduisent. La guerre de 1973 a donné, cependant, un nouveau souffle au régime. Pendant deux ans, l'injection massive dans l'économie des contributions financières des pays pétroliers, a provoqué une prospérité réelle, partagée aussi bien par les membres du clan dominant que par la classe commerçante syrienne. Les contre-coups de cette prospérité : inflation galopante, concentration formidable des revenus, engouement pour la consommation des produits importés, spéculation foncière effrénée, paupérisation accélérée des classes populaires et d'une partie de la classe moyenne, ne se feront sentir que plus tard Ils ont été reportés par l'important transfert en Syrie d'une partie des fortunes libanaises à la suite de l'intervention de l'armée de Damas au Liban et cela sous forme de récupération d'une partie du commerce de transit. mais aussi et surtout sous forme d'un transfert effectif des biens mobiliers et immobiliers confisqués. Les "tributs » de guerre ont revivifié la convoitise des officiers qui se sont disputés pour faire partie du corps  expéditionnaire. C'est pourquoi, à l'étonnement des arabes et des syriens eux-mêmes, l'écrasement de la Résistance palestinienne et l'anéantissement de Tal al-Za'atar, n'a pu provoquer aucune réaction significative au sein de l'armée.

Plus que leur impact néfaste sur le plan économique, les entrées massives en devises et en biens confisqués, ont exercé un effet pervers sur les moeurs, les manières de vivre et le modèle de consommation. Elles ont largement contribué à la dislocation du système de valeurs existants ainsi qu'à l'émergence d'un nouveau type de bourgeoisie affairiste. Une corruption inouïe s'en est suivie, soutenue par une frénésie d'accumulation de profits plus ou  moins licites.

Ainsi, la tyrannie est apparue pour. un moment comme synonyme de prospérité, ce qui a contribué à masquer provisoirement le caractère clanique et discriminatoire du pouvoir.

Les années 1977-1978 s'annoncent, cependant, difficiles. La mine d'or libanaise s'épuise alors que les contributions financières arabes, stationnaires autour de deux milliards de dollars, ne répondent plus à la croissance du rythme des dépenses publiques. Le déficit commercial atteint un milliard huit cents mille dollars pour un P.N.B. évalué à 6,6 milliards.

Les marchés publics allant s'amenuisant; la nouvelle classe habituée aux gros profits s'abat sur les revenus des classes moyennes et populaires, l'inflation dépasse 46 % des prix et, pour certains produits et médicaments, elle atteint 100 %.

Ainsi, en 1979, une contestation généralisée monte de toutes parts, axée essentiellement sur les problèmes de la vie quotidienne. De la part des fonctionnaires d'abord dont les payes dérisoires n'ont guère de rapport avec l'évolution des prix ; des commerçants qui sentent durement le renversement de la conjoncture, des ouvriers et des paysans éprouvés par l'inflation et la pénurie des produits alimentaires ; des intellectuels enfin qui croient le moment venu pour revendiquer un peu plus d'autonomie vis-à-vis du régime.

La prise de conscience reste, par contre, longue et difficile du côté du gouvernement qui, pour apaiser les appréhensions suggère la constitution d'une commission d'enquête sur l'enrichissement illicite. Certains entrepreneurs, ayant peur de devenir des boucs émissaires, menacent de révéler à l'opinion leurs complices et en premier chef le frère du président ( celui-ci en éliminant  physiquement ses accusateurs éventuels enterre promptement l'idée même d'une commission).

Pour calmer l'opinion, le président étend ses faveurs en ordonnant des augmentations de salaires aux fonctionnaires, aux ouvriers et employés de l'Etat. Celles-ci sont rapidement englouties par une inflation devenue la pierre angulaire de la politique économique du gouvernement. Les coopératives créées pour freiner la hausse des prix, tombent à leur tour dans le tourbillon de la corruption, et contribuent à étendre les pénuries et à aggraver l'inflation .

La crise sociale se fait sentir au sein de l'équipe dirigeante elle-même. Sous la pression de la tension sociale, des membres du parti Baath et du Front Progressiste organisent des rencontres sélectives avec des syndicats, des écrivains, des journaliste et d'autres secteurs de l'opinion qui se transforment en une série de réquisitoires répétés contre les méfaits du régime. Les débats issus de ces rencontres sont enregistrés sur des cassettes diffusées sur l'ensemble du pays.

Se rendant compte du danger de cette ouverture, pourtant bien calculée, le régime se ressaisit rapidement. Il procède à l'arrestation des écrivains et des journalistes jugés hostiles dans leur propos, et change complètement de ton. Les mass-média entreprennent parallèlement une campagne d'intoxication accusant tous ceux qui ont critiqué le régime de collaboration avec l'étranger et de subversion au profit de l'impérialisme et du sionisme.

Cette nouvelle tendance est confirmée à l'issu du Congrès du parti Baath réuni à Damas en 1979 Le frère du président dont la personne est devenue au cours des années le symbole de la corruption et de la tyrannie, réussit à s'ériger en accusateur. Il se charge de la «liquidation» de l'opposition même si « cela devait coûter un million de martyrs ». Sa victoire dans ce congrès annonce en effet le début de la guerre civile en Syrie.

 

L'organisation de la guerre civile:

Jusqu'en 1979, malgré l'effervescence religieuse, personne, même au sein du régime, ne considérait l'organisation des frères musulmans comme un parti ou une force représentative constituant un danger quelconque pour la stabilité du régime baathiste. En sommeil depuis 1963, cette organisation s'est d'ailleurs complètement éclipsée durant les années précédentes. Désespérés, ses jeunes militants ont choisi de combattre dans les rangs des palestiniens à Tal al-Za'atar estimant que leur action en Syrie ne pouvait avoir aucun écho au sein d'une population, traditionnellement pacifiste. Les regardes étaient plutôt portés vers les anciens partis politiques progressistes nassériens, socialistes; baathistes de gauche, communistes et d'autres groupes d'officiers sunnites dans l'armée.

Malgré le développement spectaculaire depuis 1971 et 1974 en particulier, de la religiosité populaire, parallèlement à l'évolution de la corruption et de la dissolution des rapports de solidarité communautaires, malgré  également une politique d'Etat délibérément discriminatoire envers les musulmans, les frères musulmans restaient isolés. Ils faisaient partie de l'ancienne scène politique périmée et au retour de laquelle on ne croyait plus.

Le développement de la religiosité populaire se produit en dehors du champ politique, voire même en opposition avec lui Cette religiosité exprime une contestation sociale qui s'oppose à la fois à un modèle de vie, à un Etat et un Pouvoir. Se regroupant autour des mosquées, le peuple, qui n a pu changer de politique, cherche à refaire sa propre vie, au niveau de la société civile, et à renforcer cette dernière en la distinguant autant que possible de la vie politique.

C'est pourquoi, les frères -musulmans n'ont pas réussi a récupérer cette religiosité. Mais la confessionnalisation vulgaire, du système aggravé par une politique agressive adoptée par le Congrès du parti en 1979, a exacerbé surtout les jeunes cadres musulmans, officiers, ingénieurs, médecins, enseignants, fonctionnaires, qui sont mis de plus en plus en minorité, humiliés quotidiennement et soumis à un contrôle impitoyable .

Ainsi, en mars 1979, un jeune officier instructeur, membre du parti Baath, responsable de l'orientation politique à l'Académie militaire d'Alep, nommé Ibrahim Youssef, déclenche le mécanisme de la guerre civile en préparant,· avec la complicité d'éléments extérieurs un attentat extrêmement meurtrier qui visera 160 cadets de cette Académie. Il déclare plus tard à un journal islamique "An-Naçr" que son action constitue une protestation contre la politique confessionnelle pratiquée au sein de l'armée. "Je voulais attirer l'attention du public sur le fait inadmissible de l'existence de 267 alaouites sur 900 cadets de cette promotion alors que les alaouites ne représentent que 10 % de la population syrienne ».

Sûr de la fidélité de son armée, le gouvernement lui-même ignore encore l'existence des frères musulmans. Il rejette la responsabilité de l'attentat sur l'Iraq. Lorsque les moudjahidines reconnaissent leur responsabilité dans l'opération, tous les regards de la population se tournent vers eux. On assiste à la naissance d'une nouvelle force politique dans le pays. Une nouvelle naissance, car les moudjahidines n'ont rien à voir avec l'ancienne organisation des frères musulmans, qui, en tout état de cause, dénonce l'opération et condamne les actes de violence. Elle ne se rapprochera des moudjahidines qu'en 1980, après les massacres d' Alep et de Palmyre.

Le désarroi du régime provoqué par cet attentat a réveillé en réalité le réflexe habituel chez tout opprimé : la terreur populaire contre la terreur d'Etat ; elle est vue comme un moyen de désorganisation d'un régime s'imposant par la force, ainsi qu'un instrument de mobilisation d'une population apeurée. C'est ainsi que le mouvement islamique dit des frères musulmans parvient à se frayer un chemin au sein de la société politique syrienne pour devenir deux ans plus tard; la force la plus importante et la mieux organisée dans le pays. .

C'est dans les milieux les plus avancés et conscients que le mouvement islamique puise à volonté. Il n'a même pas les cadres politiques suffisant pour encadrer les nouveaux adhérents. C'est l'une des raisons pour lesquelles, i l met un terme à son conflit avec l'organisation des frères musulmans et accepte de traiter avec elle après l'avoir durement critiqué.

Pour la première fois dans l'histoire contemporaine de la Syrie, un mouvement d'opposition armé s'attaque aux membres de l'équipe dirigeante, aux postes de l'armée et de la police. Le régime est défié sur son propre terrain. Il s'immobilise, mais, après un moment d'hésitation, il décide d'employer les grands moyens pour couper court au mouvement de la guérilla naissante.

La répression aveugle réveille cependant le réflexe des organisations professionnelles bien contrôlées jusqu'à cette date par les commis du parti : l'ordre des avocats  déclenche sa  grève contre les tribunaux  d'exception.

Suite à des négociations qui se soldent par un échec avec les autorités, il publie un communiqué annonçant la grève illimitée et demande la fin de l'état d'urgence, la suppression du tribunal de sureté de l'Etat, la liberté des juges, le respect des droits du citoyen et de la Constitution. Il est suivi par celui des médecins, des dentistes et des ingénieurs. Les souks sont fermés dans la majeure partie des villes sauf à Damas où d'imposantes forces de sécurité entreprennent un quadrillage en règle. En réalité c'est la société dans son ensemble qui se trouve confrontée à l'Etat.

C'est un mouvement de désobéissance qui s'étend progressivement à tous les secteurs: professions libérales, commerçants, enseignants, universitaires. Il se transforme en une insurrection lorsque le gouvernement décide de faire intervenir les forces de sécurité. Celles-ci sont repoussées par des éléments armés dans les quartiers populaires. Le président donne alors des ordres pour investir plusieurs villes dont Alep, Hama, Homs. La 3e division, soutenue par les unités spéciales et les brigades de défense, procède à l'un des ratissages des plus longs et des plus sanglants. Là où une résistance apparaît, l'armée répond en détruisant le quartier ou l'immeuble concerné. Plusieurs villages de la région d'Alep comme Sarmada et Jesr al-Sheghour sont complètement rayés de l  carte.

L'année 1981 devait être celle d'une "liquidation totale" de la guerrilla urbaine, tous les efforts sont· concentrés pour la réalisation de cet objectif. Des milices sont constituées dans chaque usine, école et ministère. Des mesures extrêmement restrictives sont adoptées. pour effacer au maximum toute manifestation ou aspect de la vie religieuse. Les mosquées ne peuvent ouvrir leurs portes que le temps d'accomplir les prières. Leurs Imams sont désormais obligés de réciter un prêche unitaire dicté par le ministère des affaires religieuses. Leurs bibliothèques sont pillées ou simplement détruites sur place.

Des ordres venus« d'en haut» interdisent aux filles de porter le voile et de s'habiller à l'ancienne dans les écoles et à l'université.

D'autres mesures répressives suivent: la dissolution des conseils syndicaux, de l'ordre des avocats, des médecins des dentistes et des ingénieurs et leur remplacement par d'autres conseils nommés par le gouvernement ; le vote par le " parlement " d'une loi stipulant la peine de mort pour toute personne appartenant à l'organisation islamique; la création de garde du corps pour les responsables du parti,  du gouvernement et de  personnalités alaouites, dont 12 milles pour le Président à lui seul. Selon certaines sources; un tiers de l'effectif de l'armée serait affecté à des tâches de protection personnelle. Les services de répression sont renforcés et  réorganisés à l'aide de conseillers est-allemands et soviétiques après là signature en octobre 1980 d'un traité de coopération militaire avec l'URSS.

Le bilan de cette guerre déclarée officiellement contre l'opposition islamique s'élève à plus de cinq mille tués en l'espace d'un an. Mais le résultat est pratiquement nul, l'organisation islamique qui a trouvé son unité dans l'épreuve, a été sans doute démantelée en grande partie et a perdu la plupart de ses cadres. Mais elle pourra puiser sans peine dans l'immense réservoir que lui a ouvert la répression dans le jeunesse. Son action politique s'est développée, pour la première fois, un front islamique s'est constitué appelant dans son programme à la formation d'un front national en vue du renversement du régime. Cependant, la population n'avait pas encore fini de panser ses blessures lorsque, fin décembre 1981, l'armée vint ré-encercler la ville de Hama. Les mêmes scènes de répression, de massacre et  de pillage, de dynamitage de maisons se reproduisent. Des caches d'armes auraient été découvertes dans la ville; la population est accusée de complicité avec les moudjahidines. Les Forces de Sécurité, aidées par les milices baathistes, entament un nouveau cycle  de perquisitions qui signifie une nouvelle opération de pillage et de persécution; A l'aube, des éléments armés islamiques déclenchent une offensive générale sur l'ensemble des positions des forces de sécurité, les permanences du parti et les domiciles des responsables.

S'étant rendus maîtres de la ville, ils appellent à la révolte et y distribuent les armes récupérées aux habitants. Hama résiste trois semaines et finit par succomber devant les forces armées appuyées par l'artillerie, l'aviation et les chars.

Hama, 4e ville de Syrie, compte deux cent trente mille habitants, c'est l'un des plus importants centres de l'industrie textile et du tourisme dans le pays. Le bilan de cette bataille :

dix à quinze mille tués, des milliers de réfugiés à Homs, Alep et ailleurs.

Détruite et pillée, Hama restera dans la mémoire des peuples comme un témoin du plus effroyable carnage du monde contemporain .

 

L'organisation de la répression:

Ainsi, il n'est pas difficile de comprendre la généralisation de la contestation et l'explosion de l'opposition en lutte armée. Les incohérences du régime, ses  excès de violence, ses violations répétées des lois qu'il a lui-même érigées, son mépris de l'opinion publique nationale et  internationale expliquent son échec.

Il est encore moins difficile de comprendre la dégénérescence d'un pouvoir qui s'est voulu dès le début arbitraire et personnel, et dépendant d'une force militaire qui a plus que doublé en l'espace de dix ans. C'est un phénomène ordinaire qu'un tel pouvoir se dégrade par suite de l 'extension de son emprise sur l'Etat et la Société; en éliminant au passage toute forme de contrôle populaire;  tout élément d'opposition et toute possibilité d'apprécier ses limites .

La question qui mérite une explication est celle-ci : comment un tel régime est-il parvenu à se maintenir, à réprimer sans coup férir toutes les émeutes populaires, tout en conservant son idéologie "progressiste" affichée; conserver le soutien de la droite régionale et mondiale et préserver les amitiés de la « gauche internationale » ? Ce qui apparaît incohérent n'est en réalité qu'une politique qui tire de l'ambiguïté du discours sa force principale pour agir et réprimer.

Cette répression s'inscrit dans un contexte de guerre menée parallèlement sur trois plans : culturel, politique et économique. Il s'agit de briser la société et de la rendre incapable de réagir comme entité globale, aux actions du clan dominant.

Pour ce faire, il faut priver la société de tout élément de rationalisation, de sa culture propre, et la vider de tout pouvoir, de tout élément de cohésion et de coordination, pour l'assujettir à un seul pouvoir cohérent et totalitaire, celui du clan dominant enfin, il faut ruiner son économie pour la rendre complètement dépendante de l'Etat et de l'aide extérieure.

Tous les modes de répression sont ainsi combinés occupation militaire permanente du territoire, liquidation systématique et essentiellement physique de toute l'opposition, guerre d'intoxication et de mystification au niveau de l'information.

Depuis deux ans la vie politique syrienne se déroule à l'ombre des campagnes de ratissage, de nettoyage et d'épuration : plusieurs forces militaires et para-militaires sont ainsi formées ou recyclées pour accomplir les tâches d'encerclement des villes, de quadrillage et de démantèlement des guérillas urbaines .

Trois armées participent activement à ces activités : les brigades de défense, forces spéciales commandées par le frère du président (50 mille hommes) : ce sont les troupes de choc du régime ; les unités spéciales (20 à 30 mille hommes), commandées par Ali Haidar du clan du président. Ce sont les parachutistes de l'armée, stationnées depuis deux ans dans les villes du nord. Et enfin, la 3• division, la mieux équipée des forces armées, commandée par Chafiq Fayad, parent du président.

De nombreuses milices et forces para-militaires épaulent ces dernières : la, milice, du parti Baath, celle de la « jeunesse révolutionnaire », l'organisation' d' Al-Murtada, dirigée par un deuxième frère du président Jamil, homme en pleine ascension.

Si ces forces militaires consacrent leur temps à mâter les émeutes et dissuader l'opposition de toute action d'envergure, d'autres organisations se spécialisent dans la répression quotidienne et individuelle Il faut citer tout d'abord les Services Secrets militaires, les Services Généraux, les Services Secrets politiques, la Sureté deJ'Etat, la Sureté criminelle, les services secrets de la présidence, les Services Secrets de l'aviation et les Services Secrets du parti. Tous ces services sont dominés et dirigés par des personnes appartenant à la famille Assad ou au clan alaouite .

Ce dispositif impressionnantes en outre complété par des mesures exceptionnelles qui ont pour but de barrer la route à toute organisation hors du cercle du pouvoir, et de mener en permanence une sorte de guerre préventive. Les meilleures illustrations en sont l'adhésion obligatoire de tous les membres des forces armées au parti Baath.

L'appartenance à ce parti est une condition préalable à tout acte de candidature dans la fonction publique; on réserve 25 % des places à l'université pour les étudiants baathistes n'ayant pas obtenu des notes suffisantes au concours d'entrée. Enfin tout militant quittant le parti, est pratiquement condamné à la peine capitale.

Au niveau des syndicats, ce sont des bureaux spécialisés du Baath qui règlent toute activité syndicale. C'est ainsi qu'après les émeutes de 1980, le gouvernement s'est arrogé le droit de dissoudre les conseils syndicaux et d'en nommer d'autres, si leurs activités n'étaient pas conformes aux directives du parti et de l'Etat.

D'autre part, et pour tenir la Société à la base, le régime crée l'organisation des avants-gardes à laquelle l'adhésion des élèves est obligatoire à partir de 6 ans. En plus de l' embrigadement idéologique en faveur du président et de son régime, les services de renseignements manipulent des enfants pour collecter des informations sur tout ce qui se produit à l'intérieur de la famille : réactions, opinions politiques, fréquentations des parents, etc. .

Quant aux lycéens, l'organisation les encourage à s'opposer à leurs parents, à leurs professeurs, en leur promettant des meilleurs notes ainsi que l'accès à l'armée et à l'université. Elle les incite à travailler pour les services de renseignements et cherche à recruter les meilleurs étudiants en usant du chantage et des menaces .

La présence massive des troupes, des milices armées et des service de renseignements dans les écoles, à l'université comme dans les rues, vise également à affermir l'image de puissance du régime et de sa capacité répressive.

En vue de maintenir, et la mobilisation des troupes de répression, et la peur de la population, une répression gratuite étend son ombre partout et à tout moment de la journée. Des citoyens sont ainsi périodiquement arrêtés, interrogés et humiliés sans raison dans les centres des services de renseignements. Des campagnes d'intimidation et de vengeance sont systématiquement organisées. Des massacres sont préparés et exposés en plein  quartiers populaires pour donner un exemple de la férocité et de la détermination du régime. On viole les femmes, les filles, les mères ou soeurs des suspects devant leurs yeux. Depuis 1980 une milice féminine a été formée qui a pour tâche d'enlever le voile et les autres signes de religiosité des passantes. Regroupant des jeunes filles entre 16 et 20 ans, cette milice armée a été de loin la plus provocatrice. Son premier exploit à Damas à la fin de l'année 1981 a coûté la vie à une quarantaine de personnes dont plusieurs officiers de l'armée. Des provocations terrifiantes de ce genre ne se sont jamais arrêtées. Ainsi, une semaine avant l'éclatement de la révolte de Hama, des éléments des services secrets appelaient aux hauts-parleurs à l'évacuation de la ville, car disaient-ils : « elle va être détruite ».

Plus terrifiant encore ce marché tragique organisé par des proches parents des dignitaires du régime ; comme  il est impossible de savoir où sont détenues les personnes arrêtées, un étrange tarif d'enchères s'est établi : 50 000 livres pour savoir si le prisonnier est vivant, le double pour savoir le nom de la prison, plus encore pour avoir le droit de visite ; Certains officiers de « moukhabarat » commencent à détourner l'affaire en leur profit en arrêtant ou en menaçant d'arrêter des jeunes gens parce qu'ils savent que leurs parents sont riches ou aisés.

Mais la plus agressive des pratiques de la politique de terreur est sans doute la prise en otage des membres des familles des militants pour les forcer à se rendre. Plusieurs femmes ont été incarcérées ainsi que leur bébé.

Terreur et chantage sont les deux principaux mécanismes de la répression et de la domination du régime. Ils ont pour but de briser les liens de solidarité ancrés dans la société, de dissocier les individus les uns les autres pour isoler et affaiblir leur résistance, de saper le fondement moral de la société et de miser sur les sentiments les plus destructeurs d'égoïsme, de profit, d'opportunisme et de peur.

Comment comprendre ce régime, le situer dans la panoplie des régimes qu'a connu  la Syrie, et sur quelle base sociale repose cette politique de terreur ?

 

De la tyrannie :

Il faudrait, à notre avis, distinguer, dans les régimes d'exception entre des régimes de simple dictature et ceux de tyrannie ; car les uns et les autres impliquent en réalité des forces de domination différentes, voir même opposées. On appelle dictature les régimes qui ne respectent pas les libertés politiques des citoyens, ou qui font dépendre tous les pouvoirs du pouvoir exécutif. La dictature, procède ainsi de la manipulation et du monopole d'un pouvoir déjà existant. Elle a pour but de prévenir une guerre civile ou de se proposer comme une alternative à elle. Son idéologie est une exaltation de l'Etat, de l'ordre, de la discipline, de la patrie, de la nation unie, ou de la famille. C'est pourquoi elle se considère comme une suspension provisoire de la démocratie et a honte en quelque sorte de sa propre existence. Cette honte n'émeut en rien la tyrannie, qui se présente comme un système fini, positif et omniscient.

La tyrannie caractérise l'ascension d'un groupe social - le clan en Syrie - dont le pouvoir, contrairement à celui de la classe dominante imposant ses lois par la dictature, n'a aucune assise sociale propre au sein de la société ; sa reproduction comme pouvoir d'un clan ainsi que sa représentation à lui-même ne peuvent se réaliser qu'en désintégrant le pouvoir social ainsi que sa représentation imaginaire : l'Etat. Ainsi la lutte sociale, idéologique, politique , et économique est évacuée au profit d'une lutte dont le seul but est de conforter la cohésion du clan et d'affermir son emprise dans le reste de la société.

Paradoxalement, là domination clanique, contrairement à la domination de classe,· n'a ni une idéologie; ni une légitimité propre. Elle se présente comme l'expression immédiate et directe de l'idéologie et de la volonté  populaire sur lesquelles elle n'accepte aucune transaction.

Le pouvoir du clan est en outre indivisible. Il n'accepte en lui-même aucune distinction ou diversification. Il est à la fois idéologie, politique et économique. Sa répartition revêt tout simplement la forme d'une prolifération des leaderships issus de  a famille ou du clan dominant, leaderships qui sont des copies conformes du pouvoir du tyran et qui assurent par leur déchaînement contre la société la supériorité et l'hégémonie du groupe au pouvoir.

Ainsi s'explique la multiplication des armées et des milices armées commandées par des proches parents du tyran. La capacité de défaire la société et d'anéantir sa cohésion ainsi que ses réseaux de solidarité internes est  la seule garantie de l'existence et de la cohérence du groupe dominant. Les éléments  de rationalisation, d'organisation et de gestion qu'enferme la société en tant que communauté organisée, doivent ainsi se transmettre au clan lui-même. C'est pourquoi, le pouvoir clanique n'admet aucunement l'idéologie clanique ou le système de castes. Il se veut la négation  de toute différence et l'affirmation répétée, forcée s'il le faut, d'une unité sans faille. De là, toutes les classes, les confessions, les partis politiques doivent se dissoudre et s'anéantir au sein du clan dirigeant.

C'est pourquoi, toute allusion à l'existence de ce clan est inhibée, tandis que toute velléité de solidarité religieuse, tribale, familiale  régionale, idéologique ou politique autre que celle du dan dominant est violemment réprimée. Les syndicats, les organisations professionnelles, les associations sociales et les partis sont par ailleurs étroitement contrôlés par les membres du clan. Ils sont utilisés pour étendre le pouvoir de ce dernier et pour prévenir toute sorte de débordement « politique » à la gauche où à la droite du régime .

Force de destruction, d'intimidation et d'agression permanente, la tyrannie ne vit que de ses propres méfaits : de la peur qu'elle inspire aux gens; de l'effondrement des lois économiques et sociales, de la dégradation de l'état de droit de la dégénérescence de l'administration, de la généralisation de la corruption et enfin, de la désintégration de l'Etat. Elle a pour se faire deux raisons d'être : l'unanimité et la cohésion du clan dominant et le consensus  international qui récupère son action et la place  dans son propre ordre politique et stratégique. Ainsi, pour réaliser le premier point, le régime syrien ne recule pas devant l'assassinat des personnalités alaouites qui manifestent leur opposition à ses vues politiques.

D'autre part, et pour préserver les bonnes relations avec le monde extérieur, le régime distribue des concessions ici et là. Il est par exemple le protégé des soviétiques qui disposent de facilités militaires et portuaires en Syrie, et l'interlocuteur privilégié des américains, lesquels l'ont soutenu au Liban pour mâter les palestiniens et lui offrent, à travers l'Arabie Saoudite, le financement inespéré des campagnes de répression à l'intérieur du pays.

Pragmatique et à la limite apolitique, la tyrannie ne craint ni les paradoxes, ni les incohérences ; elle s'en nourrit au contraire. Son arbitraire ne distingue ni gens de gauche ni ceux de droite. Il en va de même en ce qui concerne ses alliances; Elle est capable de les renverser au même rythme qu'elle les a nouées. Car, contrairement à la dictature, la tyrannie n'a pas de principes autres que l'emploi de la violence et l'accroissement de sa capacité répressive. Son but est de se perpétuer et par conséquent de supprimer de l'horizon social toute perspective de changement réel, de réalisation des projets sociaux, politiques ou économiques. Sa légitimité découle de la simple affirmation de la supériorité du clan au pouvoir à l'égard du reste de la société, ce qui fait de son arbitraire plutôt qu'un moyen de domination, un mode de gouvernement. Celui-ci ne connaît dès lors ni limite ni fin. Il s'accroit proportionnellement à l'extension de la domination du clan sur la société et de l'anéantissement de la résistance  contre la tyrannie.

Le pouvoir clanique est par nature un pouvoir cannibale : il se nourrit de la décomposition généralisée de la société, réduite à de simples éléments indispensables à la reconstitution et à l'élargissement de sa propre suprématie. Ainsi, le clan aspire à absorber et dissoudre en lui-même la société : sa rationalité, son organisation et ses richesses. La mise en dérision de toute élément de hiérarchie, d'autorité ou de notabilité qui ne coïncide pas avec la domination du clan, est donc un principe inhérent à toute tyrannie. Cela explique l'humiliation apparemment gratuite des citoyens, y compris des responsables de l'Etat, ainsi que les provocations quotidiennes et les massacres sélectionnés des fils de notables à Hama et  dans d'autres villes.

La grandeur du tyran ne s'épanouit que dans la petitesse de ceux qui l'entourent ; sa parole est vérité, son autorité est pouvoir et son comportement est l'essence de toute morale. Comme l'esclavage, la tyrannie n'est qu'une forme dégradée du despotisme. Elle traduit la dégénérescence du politique et la dégradation de l'Etat, du droit et de la morale .

 

 

Bibliographie

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-Ibrahim Hassan, Syrie de la guerre civile, Peuples méditerranéens juillet-sept 1980.Hama: le plus effroyable carnage du monde contemporain. libération mars 1981, également le n ° du 1er mars 1980

-Fiting goes on amid Hama's rubble-stream streets, The Times, 19.2.1982

-Le Monde, 12.2.1982

-Syrie : massacre à Hama, chronique, Amnistie  Internationale, n° 68, octobre1981.