Appel de la liberté dans le royaume du silence syrien

2011-04-05 :: Confluences Méditerranée

translate :

 

Il n’y a plus de doute qu’un grand bouleversement historique s’est produit dans le monde arabe après le déclenchement simultané de révolutions dans plusieurs pays et la victoire des deux révolutions tunisiennes et égyptiennes. Aucun régime tyrannique ne pourra échapper à l’impact de ce bouleversement s’il n’entreprend pas lui-même des réformes pour mettre le pays sur la voie de la réforme, et s’il ne commence pas à d’engager dans la réalisation des réformes dont l’absence a provoqué l’explosion populaire, comme un volcan dont l’irruption ne semble guère vouloir se calmer.

Les Arabes sont entrés, psychologiquement et idéologiquement, dans une nouvelle ère historique, celle de la liberté, dont ils ont été repoussés pendant plusieurs décennies. Désormais, ceux qui ne parviennent pas ou ne veulent pas comprendre la signification de cette grande rupture seront dépassés par l’histoire. Ils continueront de vivre dans la préhistoire, c’est à dire dans un monde qui, désormais, n’aura plus rien à voir avec le monde actuel, ni dans ses valeurs, ni dans ses objectifs. La répression des révoltes populaires, et la réponse aux petites protestations par le fer, et par le feu, ne fait qu’augmenter la conviction des peuples dans l’incapacité de leurs gouvernants à comprendre leurs aspirations, aggravant, ainsi, leur dépit vis-à-vis de leur situation et de ceux qui sont devenus un obstacle à leur progrès, à leur volonté d’indépendance et à leur intégration dans l’ère historique dans laquelle ils vivent.

 

A partir de ce moment aucun peuple arabe n’acceptera de vivre dans le passé politique ou dans la politique du passé (et ceux qui se trouvent forcés de le faire ils se sentiront très mal, et se donneront d’eux-mêmes une image de déchéance morale et politique, signe de manque d’intelligence, d’absence de dignité, d’inertie ou de lâcheté, voire même de leur mort), tous les régimes tyranniques se trouvent inévitablement menacés par les mouvements de protestation, et ils seront de plus en plus exposés à des pressions continues exercées par un nombre croissant de catégories de l’opinion publiques, ce qui multipliera la volonté de ces peuples de prendre pati à cette grande fête de la liberté. Devant la volonté de se libérer, la détermination et l’acceptation du sacrifice, la répression ne servira qu’à alimenter les flammes de l’esprit de révolution qui brûle dans les cœurs de ces peuples.

Après les grands victoires emportées en Tunisie, en Egypte et ailleurs, les autres peuples ne pourront pas résister à la tentation d’essayer de provoquer l’ordre établi et de l’attaque , quels que soient les risques et les sacrifices à consentir r. Quant aux régimes tyranniques, ils sont aujourd’hui nus. Ils n’ont plus aucune crédibilité, et ne font plus peur. Les révélations de leur corruption qui a atteint des proportions horrifiantes, la facilité avec laquelle ils sont prêts à jeter leur peuples dans la guerre civile, et leur recours à la violence sauvage, les ont transformés en ennemis à abattre et sont devenus l’ objectif direct d’une vindicte populaire qui n’a jamais eu de précédent dans l’histoire moderne des peuples arabes.
Face à cette situation, ces régimes n’ont qu’une alternative : ou bien éviter la confrontation avec les manifestants, ce qui sera rapidement interprété comme une faiblesse et encouragera les masses de tous les milieux populaires - qui ont encore peur - à sortir dans les rues et les places publiques pour participer à la fête de la liberté et concrétiser leur citoyenneté en communiquant entre elles, ou bien réprimer les manifestants en leur infligeant de lourdes pertes. Dans les conditions que nous vivons actuellement, à savoir, l’entrée dans une nouvelle ère historique et un nouveau calendrier révolutionnaire qui touche le monde arabe en entier, l’hésitation des dirigeants à entreprendre les réformes nécessaires ne conduira qu’à renforcer la conviction des citoyens qu’ils ne sont pas compris et à consommer la rupture entre les régimes et leurs peuples, ce qui conduira à amener davantage de sympathisants aux mouvements de protestations.

 

Dans des moments exceptionnels comme ceux-ci, le pouvoir de dissuasion des régimes, cessera d’exister. Quant au dialogue et aux réformes cosmétiques auxquels font appel les régimes tyranniques aujourd’hui, ils n’ont, actuellement, aucune valeur politique, et seuls ceux qui font ces appels pourraient se duper eux-mêmes, eux qui, pendant de longues décennies, n’ont daigné ni dialoguer, ni réformer quoi que ce soit pour leurs peuples, alors qu’ils ne cessaient de dialoguer avec soit disant leur ennemi, Israël, y compris avec ses gouvernements les plus racistes et droitiers, et alors que la colonisation juive se poursuivait. Le dialogue faussé auquel peuvent tenter d’appeler dans ces moments de rupture ne convainc plus personne. Il n’a plus aucun sens, si ce n’est la volonté des dirigeants de gagner du temps en attendant que la tempête passe.

ہ partir du moment où l’individu se sent libre, les conditions de la servitude ainsi que les régimes qui les entretiennent tombent, et tous les Arabes, sans exception, sont devenus libres au moment même où les Tunisiens, puis, et dans une proportion plus grande encore, les ةgyptiens, arrachaient sur la Place Tahrir et à la face du monde, leurs libertés et leurs droits, imposant leur volonté au système. C’est ce qui est arrivé à tous les Arabes aujourd’hui, quels que soient leurs pays, leurs particularités, leur niveau de développement, leurs appartenances religieuses, confessionnelle ou politiques ou leur sexe, car la liberté ne peut pas coexister un seul instant avec la servitude. Par sa force d’exaltation, elle pousse les gens à se dépasser et à dépasser tous les conflits et les appartenances particulières du temps ordinaire et quotidien. Les pouvoirs despotiques qui ne réalisent pas cela, se condamnent à mort sans que le peuple ait besoin de tirer la moindre balle sur eux. Ils mourront même si aucun être humain de chair et de sang ne sort les combattre.

Ceux qui croient qu’ils peuvent se protéger, parce qu’ils pensent qu’ils bénéficient d’ une plus importante marge de manœuvre, d’une plus grande capacité de tire sur leur populations ou des média mieux disposés à déformer la vérité, se trompent. Dans le temps mythique des grands bouleversements, ces moyens n’ont aucun effet. Au lieu de vaincre leurs ennemis, à savoir les homes libres, ils transforment leurs détenteurs eux-mêmes en autruches qui enfoncent leurs têtes dans le sable pour échapper à un danger immédiat.

 

L’expérience libyenne est, sans doute, le meilleur exemple dans ce domaine. L’usage de la force qui a poussé le Guide de la Révolution d’alfateh, inventeur de la théorie de la jamahiriyya et du pouvoir des comités populaires, à faire une déclaration de guerre en règle contre son peuple et à ne pas hésiter à bombarder ses villes et villages avec les avions et l’artillerie, n’a pas renforcé le régime tyrannique de Libye, ni la crainte qu’il inspirait, mais cela a plutôt accéléré sa chute politique et morale, et a fait de la coopération arabe et internationale pour se débarrasser de lui un objectif commun à tous les pays, y compris ceux qui n’ont aucun intérêt dans la révolution actuelle ; de plus, ceci a poussé beaucoup d’Arabes a accepter le pari qu’une intervention étrangère rendrait un service à l’humanité.

Un régime qui s’est habitué à traiter son peuple comme des esclaves, des sujets et des clients, qui se glorifie de ses humiliation, et dont les dirigeants amassent leurs fortunes grâce aux sueurs quotidiennes de la servitude du peuple, ne peut pas se renverser lui-même et faire une révolution à ses dépens? Pourtant, cela aurait épargné aux peuples des véritables drames humaines et leurs fait éviter des grands risques économiques et politiques, comme l’intervention étrangère ?

C’est, aujourd’hui, le défi que lancent les peuples et que lance l’histoire à ces dirigeants qui, trois mois après l’éruption volcanique, continue, dans toutes les capitales et les villes arabes, de parier sur les capacités de leurs systèmes de sécurité et leurs alliances régionales, pour pouvoir résister au déferlement de la liberté. Ces dirigeants n’ont pas compris ou refusent de comprendre le sens de ce qui se passe dans des pays qu’ils gouvernent depuis des décennies sans accorder le moindre intérêts à leurs peuples, et je ne sais pas si ceci est une chance ou une malchance pour ces peuples. S’ils avaient fait le contraire, ils réaliseraient sans doute, comme l’ont fait tous le monde qui les entourent, cette vérité logique, que des millions d’Arabes n’ont pas cessé de répéter depuis des mois : le peuple veut la chute du régime, c’est-à-dire, et tout simplement, il veut le changement de la méthode de gouvernance, il veut la participation, il veut la liberté, il veut la dignité, il veut le respect. Est-ce si difficile à comprendre, et est-ce que la réponse à ces revendications a besoin de sortir tous ces soldats et ces agents de la sûreté, de tuer des gens innocents et de remplir les prisons d’enfants, de femmes et d’hommes ? Et est-ce que c’est avec ces moyens que sera comblé le profond fossé qui sépare les gouvernements arabes et leurs peuples ?