Un terrorisme plus politique que religieux

2000-03-13 ::

ترجمة :

 Patrick angevin

 

Le sociologue Burhan Ghalioun est professeur de civilisation arabe à l'université Paris Ill . Pour ce français d'origine syrienne, on accord trop d'importance au facteur religieux pour expliquerles attentats du 11 septembre. Pour lui, c'est l'impasse politique et sociale du monde arabo-musulman qui nourrit l'extrémisme islamiste.

 

-Quelle est la différence entre Islam et Islamisme?

-L'Islam est une religion, comme le christianisme, le judaïsme où le bouddhisme. L'islam est fondé sur  le dogme du Dieu unique (Allah) dont la parole est littéralement ràpportée dans un texte sacré (le Coran)"' par le prophète Mahomet. Il  est divisé en plusieurs branches: sunnisme, chiisme, etc. On peut faire une comparaison avec le christianisme qui a son texte sacré (la Bible) et ses différents rites (cathoiiqùè, protestant, orthodoxe). Comme les autres religions, l'islam offre une èxplication spirituelle du monde. En revanche, l'islamisme désigne un mouvement politiqué qui s'oppose, depuis le début du xxe siècle, notamment dans le monde arabe, a l'émergence des états, dits modernes, Inspirés de l'Occldènt.

 

-D’ouviennentet que veulent les Islamistes? 

-La matrice de tous les mouvements islamistes est la Confrérie des Frères musulmans;fondée en 1928, en Égypte par Hassan el Banna. Au départ,il y a cette idée que les musulmans ont peu à peu abandonné leurreligion et qu'il fautleur réenseigner un islam mythique, celui des origines. Cette idée a une traduction politique. L'État doit être fondé sur l'application stricte du droit musulman: la Charia (la Loi issue du Coran) et la jurisprudence qui en a découlé au fil du temps. Mais il ne faut pas réduire l'islamisme à son seul volet religieux. L'essor de l'islam politique, au cours du xxe slècle,' est lié fortement à l'essor des nationalismes du tiers monde ét au mouvement de décolonisation.

 

-Aujourd'hui, l'lslamlsme est-li encore une alternative politique credible?

-Non. Toutes les expériences d'É-tat, dit Islamique, ont échoué. Que ce soit en Iran, au Soudan ou en Afghanistan. La grande majorité des musulmans n'y croient plus. L'État, dit islamique, n'est pas un facteur de liberté, de développement et demodernité, auxquels aspire n'importe quelle population. Le problème est que, dans la plupart des pays musulmans, il n'y a pas d'autres formes d'opposition crédible.

 

-L'Islmnlsme esl-il nécuaallement violent?

-Non. Les Frères musulmans du début du XX" slècle,ne l'étaient pas. L'usage de la violence et aujourd'hui du terrorisme"est lié à'des facteurs politlques et économiques. Cette violence se nourrit d'abord du conflit israélo-palestinlen qui pourrit depuis cinquante ans. Or, ce conflit n'est pas un conflit religieux. C'est un conflit territorilal entre deux nationalismes. li y aussi l'Irak, cet état cassé par un embargo de dix ans qui a fait 1,5 million de morts. La guerre du Golfe a aussi entraîné l'installation de troupes américaines dans le Golfe.

 

-Vous évoquez aussi des raisons économiques?

-Le monde arabo-musulman est de plus en plus marginallsé, paupérisé. En 1970, 7% de la population vivait sous le seuil de pauvreté, plus de 30% aujourd'hui. C'est une catastrophe. Le monde, arabo-musulman est aussi une des régions les moins démocratique du monde. Partout, ce sont des dictatures, plus ou moins féroces qui gouvernent par la force brute. Depuis, cinquante ans, tous les mouvemems démocratiques ont été impitoyablement ècrasés. Résultat: les oppositions ne peuvent être que radicales et violentes. Le drame est que l'Occident, États-Unis en têtè, ont soutenu ces régimes par intérêt. Le, ressentiment des populations esténorme.

 

-Mais pourquoi cette haine de l'Occident est-elle surtout vislbie dans le monde arabo-musulman? L'Afrique peut avoir tout autant de griefs contre Occident ...

-Toutes les socittés destructurées vivent dans la violence. Le monde arabo-musulman retourne en partie cette violence vers le monde extérieur parce que c'est dans le monde arabo-musulman que les erreurs de la politique occidentale le sont les plus visibles. sil’occident, et notamment l'Europe, bouge pas pour amorcer un vrai changemeni démocratique et un vrai développement économique da cette région, Je crains que les choses empirent.