L’arabisme par delà nationalisme et islamisme

2007-05-12 :: Confluences Méditerranée (N°61)

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Le nationalisme arabe a toujours été un sujet de controverse, non seulement au sein du monde arabe entre militants appartenant aux différentes mouvances idéologiques, mais également au sein de l’opinion internationale et dans les milieux académiques.

 

 

De la difficulté d’être arabe

Perçu par ses adeptes comme l’expression d’une identité séculaire, se manifestant à chaque période de l’histoire par des réalisations authentiques, dont l’islam et la civilisation arabo-islamique constituent les meilleures illustrations, le nationalisme arabe n’est, pour ses multiples détracteurs, qu’une retombée de l’histoire coloniale n’ayant aucune racine dans la culture et les sociétés arabes1. C’est notamment la position des différents mouvements politiques d’inspiration islamiste qui pensent que l’insistance sur l’arabité de ces sociétés vise à occulter leur identité islamique au risque de faire le jeu de la colonisation qui a toujours cherché à diviser le monde musulman. Le nationalisme ne signifie pour eux que le retour à la période antéislamique où dominait un esprit de corps tribal, au détriment des enseignements religieux et des principes moraux. Si les islamistes de tous bords voient dans l’arabisme une altération de l’identité islamique qui est la seule réelle et légitime, les négateurs laïques, toutes tendances confondues, de l’arabisme y décèlent, au contraire, une altération grossière des identités nationales particulières de chaque peuple et pays, voire un rejet de l’idée de l’Etat nation que ces derniers incarnent ou tendent à incarner.

 

 

Un appel d’empire révolu

Pour ces anti-arabistes, le nationalisme arabe n’est que la manifestation d’un appel d’empire (musulman) révolu qui ne veut pas se taire. Ainsi, Nasser a été assimilé, par les média occidentaux, dans les années cinquante, après la nationalisation du Canal de Suez, à un nouveau Führer qui cherche à réhabiliter l’idée de l’unité du monde musulman et de son culte de la puissance. Soulignant des pratiques politiques discriminatoires des régimes baathistes de Syrie et d’Irak, le déplacement des populations Kurdes ou l’emploi de méthodes expéditives dans la répression des opposants, certains analystes sont allés jusqu’à assimiler l’arabisme au fascisme2. Plus récemment, la confusion de plus en plus banalisée entre l’arabisme et l’islamisme favorise la généralisation du discours xénophobe et parfois franchement raciste, né après la guerre arabo-israélienne d’octobre de 1973 et la crise pétrolière qui l’a suivie. L’islam et l’arabisme y apparaissent comme la source naturelle d’un mal inextricable : le culte de la violence, le terrorisme, l’obscurantisme, le rejet de l’autre, lié à un péché originel qui s’appelle le refus irrationnel de la modernité et de ses valeurs3.

 

 

Une fiction inventée par l’Occident

La diffusion des thèmes nouveaux sur la guerre des civilisations, le choc des cultures ou la guerre mondiale contre le terrorisme conduit à davantage de radicalisation des positions. Dans un article intitulé : « To Win Over Terrorism, Eradicate pan-arabism », un académicien grec d’origine turque, va jusqu’à nier l’existence même des Arabes. Le nationalisme arabe, dit-il, a été une fiction inventée par les pays occidentaux pour semer la confusion au sein de la région du Moyen Orient afin de mieux la dominer. Mais ce nationalisme n’a pas fonctionné parce que, tout simplement, il n’y a pas d’Arabes. Il y a des Araméens, des coptes, des Yéménites, des berbères, qui ont des structures mentales différentes que l’arabisation ne peut et ne doit pas occulter. Les Arabes étaient une minorité infime qui s’est totalement dissoute dans les peuples conquis. Les Arabes d’origine ont été, malgré la propagation de leur langue, désarabisés sur le plan culturel, plus qu’ils n’ont arabisé les autres peuples majoritaires. Il va même jusqu’à recommander l’introduction de l’enseignement de l’araméen, du copte, etc. dans les pays respectifs, pour aider ces nations enfouies sous la fiction de l’arabité, à retrouver leurs véritables identités et vaincre l’anarchie et la confusion4.

 

 

De l’ordre ottoman au patrimoine arabe

Jusqu’au milieu du 19e siècle, les Arabes qui vivaient au sein d’un empire musulman multiethnique s’identifiaient effectivement, sans perdre conscience de leur spécificité culturelle ou ethnique, comme musulmans, puisque la religion ou ses valeurs, ont été déterminantes dans la reconnaissance de l’identité et de l’altérité. Ils se percevaient comme Ottomans sur le plan politique, puisqu’ils étaient sujets de l’Etat qui porte le même nom. Mais dès que l’ordre ottoman, politique, puis culturel, régnant depuis pratiquement cinq siècles, commence à donner des signes de déclin, un processus de réhabilitation du patrimoine culturel arabe, religieux et profane, se met en marche. Les éléments de spécificité auxquels on n’attachait pas grand intérêt commençaient à avoir de la valeur. Il s’agit tout d’abord de la langue, de la littérature, de l’histoire, de la philosophie, etc. Le particularisme culturel qui ne faisait pas sens dans le système ottoman fondé sur l’appartenance religieuse ou/et confessionnelle, prend alors une nouvelle valeur : selon un terme marxiste, il passe du domaine de la valeur d’usage au domaine de la valeur d’échange, en acquérant une véritable signification politique.

 

Arabe n’est plus une donnée de la nature, mais le lieu d’un investissement multiforme : culturel, politique, historique. C’est le point de départ de tout un projet national qui ne trouvera son expression idéologique unifiée qu’au milieu du 20è siècle sous le nom du nationalisme arabe. En effet, le nationalisme arabe, sous sa forme initiale culturelle, puis sous une forme politique plus nette, constitue une réponse, la seule possible du point de vue de la culture géostratégique de l’époque, à l’appel d’ordre qui se répand dans toutes les contrées soumises au pouvoir ottoman, y compris en territoire turc, face au désordre politique, économique, culturel, religieux et moral accompagnant toutes les phases de désintégration des empires. Il représente pour les peuples détachés de leur joug impérial un nouvel horizon, c’est-à-dire une restauration de l’ordre et une proposition d’avenir.

 

 

La naissance d’une nouvelle identité

Cette réponse n’est d’ailleurs pas identique pour tous les peuples. Elle n’est pas au même degré de maturité et de cohérence partout. Ainsi, tandis que les sociétés du désert à l’instar des peuples de la Presqu’ile arabique, marquées par la culture bédouine, opposent au

désordre ambiant un ordre nouveau issu de l’alliance entre l’esprit de corps tribal et le retour à un islam austère et purifié qu’illustre le wahhabisme5, reproduisant ainsi le modèle classique de renouvellement du pouvoir au sein de l’empire musulman, les sociétés plus centrales, où vit une classe moyenne assez significative, comme la Turquie, l’Egypte, la Syrie, tous en contact direct avec l’Europe, ont pensé la sortie de la crise à la lumière du modèle national libéral en vigueur. Dans ce dernier cas, la convergence de la réhabilitation et la mise en valeur des particularismes culturels d’une part, et la diffusion des idées et valeurs de la modernité occidentale d’autre part, sont à l’origine de la naissance d’une nouvelle culture politique faisant la synthèse des deux. C’est le terreau historique, l’environnement politique et psychologique de ce qui sera appelé plus tard la Nahda, effort de réflexion, d’actualisation, de création, d’innovation, d’interprétation, de traduction tout azimut, et finalement de rupture, qui va ébranler la pensée arabe, dans ses deux composantes, religieuse et profane6.

 

L’idée de l’arabité est le produit direct de la modernité arabe, elle-même synthèse du patrimoine culturel classique réinterprété et des valeurs de la modernité libérale. Elle y restera étroitement attachée jusqu’à l’avènement des indépendances, où elle sera remplacée ou/et minée par l’idéologie du soviétisme (non le marxisme ou le socialisme), c’est-à-dire d’un culte de l’Etat au nom du progrès technique et de la lutte contre l’impérialisme. Grâce à cette arabité, synthèse du particularisme local et de l’universalisme libéral, l’engagement des Arabes dans la modernité n’a pas été synonyme de dépersonnalisation ou d’un simple processus d’occidentalisation. Au contraire, il s’est imposé comme une émancipation, reconstruction, affirmation de soi, engagement dans le monde et restauration de l’ordre civilisationnel, bref l’expression de la naissance d’une nouvelle identité. C’est ainsi que la rénovation ou la réforme en profondeur de la pensée islamique a été accomplie et légalisée. Cela explique également comment, plus tard, la perversion de l’arabité s’est traduite par une crise de la modernité arabe, laissant les peuples qui y ont cru dans un vide politique et éthique total.

 

 

L’émergence d’une élite intellectuelle

L’itinéraire qu’a suivi la communauté arabe n’est pas différent de ce qui a été pratiqué par les autres peuples de la région, notamment dans les Balkans. Ici aussi, la rupture de l’ordre ottoman, a été à l’origine dela naissance du nationalisme qui a profité, plus que dans le monde arabe peut-être de l’intensification des échanges économiques et culturels avec l’Europe dès le 19e siècle. Ils se sont tous également appuyés sur les nouvelles classes moyennes engendrées par les réformes, entreprises dès 1835, dans les domaines du droit, de l’armée, de l’administration, de l’enseignement et de l’économie. En créant des demandes sociopolitiques et un comportement individuel en rupture avec les valeurs traditionnelles du monde ottoman déclinant, celles-ci ont préparé le terrain pour le changement. Ainsi dès les années trente, l’arabisme est une idée dominante et populaire en Syrie et en Irak. Avec la croissance démographique des populations citadines, la généralisation de l’enseignement, le développement de la presse et l’émergence d’une élite intellectuelle enthousiaste, le message du nationalisme arabe pénètre toutes les générations. Il s’empare du discours politique et oblige toutes les autres loyautés/identités à se taire7.

 

 

D’une idéologie identitaire à une idéologie politique

L’idée de l’arabité n’est pas née dans une forme achevée. Elle a évolué sensiblement depuis son apparition à la fin du 19e siècle. D’une idéologie identitaire, elle s’est transformée au début du 20e siècle en une idéologie politique. Déçues de la politique des Jeunes Turcs qui, acquis à la nouvelle idéologie du nationalisme au même moment commencent à appliquer des politiques discriminatoires envers les minorités, marquées par la turquisation, les élites arabophones se radicalisent. Abandonnant l’ancien projet de décentralisation de l’Empire, elles revendiquent, dès les années vingt, l’indépendance arabe8. Mais il est clair qu’elles n’avaient pas encore d’idée précise sur cette indépendance. Certains la pensaient dans le cadre d’un royaume unifié regroupant toutes les provinces asiatiques de l’Empire. D’autres rêvaient d’avoir leurs propres Etats couvrant des particularismes confessionnels ou régionaux.

 

Ni l’Egypte ni le Maghreb n’étaient à ce jour encore inclus dans le royaume arabe9. C’est dans la lutte contre l’occupation et la colonisation européennes tout au long de la première moitié du 20e siècle que l’idée d’arabité va achever sa mutation. En faisant correspondreidentité culturelle et identité politique, elle va fonder le panarabisme qui suggère que les habitants des territoires à majorité arabophones constituentune seule nation, quels que soient leurs confessions ou leurs lieux de résidence. L’unification au sein d’un seul Etat-Nation des Arabes est désormais au cour de la problématique du nationalisme arabe, même si elle n’est pas le seul axe de réflexion.

 

 

Du nationalisme à l’islamisme

Le projet du nationalisme arabe n’a pas abouti10. Mais il a été, en tant qu’idéologie, la caution d’une série de mutations qui sont à l’origine de la modernisation du monde arabe. La première est l’élaboration d’un nouveau cadre de références où tous les Arabes, indépendamment de leur appartenance confessionnelle, peuvent se reconnaître et s’identifier en tant que membres d’une seule communauté (culturelle et/ou politique). Dans ce sens, l’arabité, comme toute idéologie, est une invention. Elle a créé une identité culturelle séculière moderne, différente de celle qui a prédominé au sein de l’empire omeyade ou abbasside, ainsi que de l’arabité ethnique ou linguistique de l’ère ottomane. C’est une nouvelle perception identitaire impliquant de nouvelles valeurs, une vision du monde différente et surtout un projet culturel et politique. C’est également au nom de l’arabité que les élites arabes ont pu légitimer l’alliance avec les puissances occidentales contre l’empire ottoman musulman.

 

 

Un ordre social plus juste

Ainsi, la trahison de ces mêmes puissances, qui ont saisi l’occasion de la Révolte arabe11 pour étendre leur domination coloniale, ne pouvait que discréditer, aux yeux des masses arabes, le nationalisme séculier. Ce qui explique d’ailleurs la naissance, pour la première fois dans l’histoire de la région, des partis nationalistes d’inspiration religieuse. C’est ainsi que l’arabisme, purement séculier au 19e siècle se trouve obligé de se rapprocher de l’idéologie religieuse pour préserver sa légitimité. Mais, malgré ces concessions symboliques, le nationalisme arabe continue à cautionner, pendant des décennies, des choix culturels, politiques, sociaux et géopolitiques modernistes et progressistes.

 

Il inspire le projet de l’établissement d’un ordre social plus juste qui impose la réforme agraire au profit des paysans, une meilleure répartition des revenus, une plus grande participation des classes laborieuses à la viepolitique, les plans quinquennaux de développement économique, la généralisation de l’enseignement public et le soutien de l’Etat aux projets de diffusion du savoir et de la culture. Il en va de même pour le choix des politiques extérieures qui fait du nationalisme arabe un pionnier dans l’élaboration de l’idéologie et de la politique du mouvement de non-alignement et de la lutte pour un ordre international libéré de toute domination étrangère, discrimination raciale ou injustice.

 

C’est par la modernisation des sociétés arabes, leur développement socioéconomique et leur émancipation culturelle que se justifient même, aux yeux des nationalistes arabes, la lutte anti-impérialiste et l’unification du monde arabe. Ainsi, la prédominance des thèmes de la lutte contre l’ordre colonial sous toutes ses formes, du changement des structures semi-féodales des sociétés arabes, de l’industrialisation et de la promotion de la culture incite les observateurs étrangers, comme les Arabes eux-mêmes, à confondre nationalisme arabe et révolution. Ce n’est pas totalement faux. Sur beaucoup de points, l’arabisme a constitué une révolution par rapport à l’ordre culturel, politique, social et géopolitique hérité du passé.

Il a bouleversé les manières dont les Arabes se percevaient, percevaient le monde extérieur et se projetaient dans l’avenir. Il a mis des sociétés semi-féodales, semi-bédouines, enclavées et retardataires sur tous les plans, à l’épreuve de l’histoire. Il les a obligées à affronter les défis de la modernité12.

 

 

De l’apogée au déclin

Le vague du nationalisme arabe atteint son apogée dans les années soixante sous Nasser. Son recul est sensible dès 1967. La mort de son chef charismatique en 1970 achève son étiolement. Même si certains régimes continuent de s’en réclamer, son agenda n’est plus à l’ordre du jour. Les masses n’y croient plus, tandis que les gouvernements revendiquent publiquement leur souveraineté, face à toute velléité d’unité ou de solidarité panarabe, avant d’opter pour des politiques de sécurisation de leurs régimes, à l’aide des techniques de pouvoir empruntées aux régimes communistes. Kadhafi de Libye, Assad de Syrie et Hussein d’Irak, illustrent plus que tous les autres régimes arabes la dégénérescence du nationalisme arabe et sa perversion. Au mouvement des masses investissant la scène politique, aux politiques sociales d’équité et de préservation de l’indépendance et de la souveraineté, se substituent des politiques de défense de régimes claniques autoritaires, des coali

tions régionales antipopulaires, et un pacte non avoué avec les grandes puissances. Le seul objectif est de perpétuer les intérêts des groupes au pouvoir et d’interdire tout changement politique. Ce sont là les conditions qui sont à l’origine de l’instauration et de la pérennisation de l’ère des dictatures qui dure déjà depuis plusieurs décennies.

 

 

Une grande confusion

L’absence de distinction entre ces deux périodes conduit à une grande confusion. Elle pousse beaucoup d’analystes et de secteurs de l’opinion à assimiler des dictatures primitives, cruelles et corrompues, qui transforment les Etats en des sortes de fermes privées appartenant à une poignée de familles, à des régimes nationalistes qui, sans être démocratiques sur le plan politique, se sont efforcés de réaliser un programme de réformes profitant essentiellement aux classes populaires (travailleurs, paysans, artisans, étudiants etc.) dans la perspective de construire une nation moderne. C’est cette différence, séparant des régimes préoccupés par l’intérêt collectif d’autres qui ne servent que des intérêts particuliers, qui justifie d’ailleurs l’assimilation des dictatures post-nationalistes au fascisme.

 

 

La déception, le désarroi, la colère

L’entrée de ce processus de transformation dans une impasse prolongée jette les populations dans l’angoisse et les incitent à regarder de façon très négative tous les changements opérés au nom du nationalisme. En effet, la déception, le désarroi, la colère et la perte de la confiance en soi, dans le monde et dans l’avenir, sont à la mesure des espoirs déçus. La foi des peuples arabes en leur capacité de relever le défi de la modernisation, de l’émancipation, du développement et de l’unité, était telle que l’avortement de ce projet leur semble incompréhensible, inacceptable, impossible. Trois décennies plus tard, ils sont toujours incapables de digérer l’échec et de vouloir en tirer les leçons qui s’imposent.

 

 Ils sont partagés entre l’autodénigrement et l’auto-victimisation. Ils ont tendance à rendre ce même nationalisme auquel ils ont fortement cru, dans les années 50-60, le premier responsable de leur malheur. On le désavoue, en même temps que l’Occident qui l’a inspiré et dont les politiques injustes ont été à l’origine de sa faillite. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser la montée de l’islamisme qui incarne plus que tout autre mouvement contemporain cette double négation du soi arabe et de l’autre, occidental, représentant de la modernité échouée.

Le retour aux valeurs religieuses « sûres » En réalité, l’effondrement du projet national arabe n’a pas eu pour seul effet la perte de tous les enjeux culturels, politiques, sociaux, économiques et stratégiques, mais celle aussi du nouveau cadre de référence autour duquel s’est organisée toute la vie des Arabes depuis la Nahda, à savoir toutes les valeurs de la modernité sur lesquelles s’est fondée la renaissance arabe et au nom desquelles ont été faits les sacrifices et dépensés tant d’efforts.

 

 Le retour aux valeurs religieuses « sûres » se fera d’une façon d’autant plus frénétique que l’adhésion populaire des Arabes aux valeurs du nationalisme moderne leur avait fait oublier le véritable sens des valeurs passées. Les traditions, religieuses et profanes, continuent d’exister bien sûr, mais leurs significations profondes sont soit perdues soit modifiées, de sorte qu’elles ne peuvent plus constituer un système cohérent. Ainsi, la crise du nationalisme arabe, se traduisant par une crise de la modernité, comme je viens de le dire, débouche directement sur le vide, c’est-à-dire sur une déstructuration de tout cadre de référence, et entraîne une désorientation générale qui laisse les individus, comme les collectivités, sans repère de sens, c’est-àdire dans un état de désordre intellectuel, politique, éthique et moral. Il s’est produit ce que les anthropologues appellent la contre-acculturation qui survient lorsque la rupture avec la culture traditionnelle est suffisamment profonde pour interdire toute recréation pure et simple des significations originelles13. Comme un disque reformaté, on ne peut comprendre le contenu de la culture passée qu’à la lumière de la culture présente.

 

 C’est pourquoi, même quand on décide de se couper de la culture moderne pour retourner aux anciennes valeurs, on ne reproduit que les modèles d’organisation, les systèmes de représentations, les significations et les aspirations dictées par la culture moderne. C’est ainsi qu’on ne retourne pas à l’islam communautaire tel qu’il a été vécu par les Anciens, mais on voudrait construire un Etat islamique qui n’a jamais existé, car le modèle de l’Etat est seul à faire sens dans notre univers moderne. Il en va de même en ce qui concerne la Charia qu’on voudrait substituer au Droit positif, de l’islam qu’on perçoit comme une organisation politique, de la religion qu’on prend pour une nation, du Coran qu’on assimile à un savoir scientifique, de laCommunauté qu’on identifie à un Etat. On cherche à retrouver le sens de la modernité trahie dans des traditions réinventées

. C’est pourquoi le retour à l’islam s’accompagne d’une volonté de réinventer la modernité, une modernité autre, ou une contre modernité propre aux musulmans. Cette réaction contre l’échec et la domination, loin de pouvoir sortir les peuples de l’impasse risque de les y enfoncer. Il produit ainsi autant de désespérances que d’espoirs. Cet « alliage » du traditionnel et du moderne, ou plutôt cette volonté de faire du moderne à partir de l’ancien, par exemple de la confession ou du clan une sorte de parti politique dans un Etat multipartite, de la foi une politique, de la communauté un Etat, donne à la nouvelle démarche un aspect monstrueux.

 

 

Les causes de l’échec

La question qui se pose est alors de savoir la cause de la faillite de ce nationalisme arabe et la raison de sa dégénérescence. La critique historique du nationalisme reste dans le monde arabe relativement rare. Une telle entreprise n’intéresse certainement pas la partie des intellectuels qui l’a désavoué pour adhérer à l’islamisme. A leurs yeux, le nationalisme arabe n’est qu’un avatar du colonialisme, une idée importée, étrangère à la tradition musulmane. Il était donc voué à l’échec. Et c’est mieux ainsi, car cela libère la voie au retour victorieux de l’islam. L’idéologie de l’islamisme se voit par définition une expression de l’authenticité, de l’identité, des valeurs culturelles et spirituelles des peuples musulmans.

  

Pour les quelques mouvements d’inspiration nationaliste arabe qui ont survécu au séisme politique et idéologique de l’islamisme, triomphant depuis environ trois décennies, reconnaître l’échec de l’arabisme est inconcevable. Il s’agit plutôt, à leurs yeux, d’une éclipse passagère due à une conjoncture défavorable. Certains peuvent voir dans l’islamisme la réincarnation de l’arabisme et cherchent à s’y associer, voire parfois à s’y fondre14. Par contre, dans les milieux intellectuels et académiques, on a tendance aujourd’hui à incriminer le caractère personnel et autoritaire du leadership nationaliste, depuis Nasser jusqu’à Kadhafi en passant par S. Hussein, H. Boumediene, H. Assad, et les autres. Robert D. Kaplan, développe dans un article récent une nouvelle thèse. Il suggère que ce qui a tué lenationalisme séculier arabe serait une combinaison entre une mauvaise forme d’urbanisation et ce que Michael Hudson, un spécialiste américain connu du Moyen Orient a appelé en 1970, les «identités primordiales » tribales, confessionnelles et religieuses15.

 

 

La pauvreté, l’absence de démocratie…

Or, cette combinaison peut expliquer l’extension rapide de l’islamisme mais pas sa raison d’être. Il n’y a aucun doute que les mouvements islamistes ont trouvé un terrain très favorable dans les ceintures de pauvreté qui entourent les grandes villes arabes, où des populations déracinées, semi-urbanisées, privées de tous les moyens de s’intégrer au milieu urbain se trouvent entassées sans espoir. La thèse de l’absence de démocratie est également insuffisante pour expliquer l’échec de l’arabisme et par conséquent son remplacement par l’islamisme comme idéologie et mode d’association et d’organisation populaires; car le problème de l’arabisme ne vient pas du manque de légitimité populaire.

Grâce à un leadership charismatique, il a bénéficié, au contraire, d’un soutien massif dont aucun autre mouvement, y compris celui de l’indépendance, n’a bénéficié. Les causes de cet échec devraient être recherchées, comme tout échec d’ailleurs, dans l’examen de la rationalité de l’action, c’est-à-dire de l’utilisation de moyens appropriés pour atteindre les buts recherchés.

 

 

... et un double défi

Le nationalisme arabe des années 50-60 a constitué un double défi. Le premier est un défi à l’ordre semi-colonial issu des indépendances formelles à la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, dans une région ultra-stratégique où se trouvent rassemblés des enjeux vitaux de portée internationales : les ressources d’énergie pétrolière, indispensable à l’économie industrielle ; la position géopolitique qui fait de la région un carrefour de communications internationales ; le site qui a été choisi par le mouvement sioniste et soutenu par les puissances occidentales pour trouver une solution définitive à la question juive qui a hanté l’Europe moderne et n’a fini que par une faillite morale dont l’Europe ne s’est toujours pas remise ; le champ de confrontation de tous les patrimoines symboliques des trois grandes religions monothéistes, toutes à caractère universel et à tendance impériale. Le deuxième défi est celui de la domination de systèmes sociaux

semi-féodaux basés sur une séparation, de plus en plus menacée et indéfendable, entre villes policées et campagnes frustes et démunies.

 

 

Une période de guerres multiformes

En soulevant les peuples contre l’ordre établi, intérieur et extérieur, le mouvement nationaliste arabe a suscité la réaction des forces rivales et a incité ses adversaires à s’unifier. La période dominée par l’idéologie du nationalisme arabe a été de ce fait une période de guerres multiformes : contre les puissances européennes défendant leurs positions stratégiques privilégiées et contre les élites locales traditionnelles composées de notables semi-féodaux, de familles bourgeoises mercantiles, de chefs de tribus ou de clans qui, après avoir dirigé la lutte pour l’indépendance, ont pensé faire des pays libérés des fiefs privés.

A la coalition des forces coloniales et des classes privilégiées, le mouvement nationaliste arabe a opposé l’alliance des travailleurs, paysans et artisans, d’inspiration soviétique. Le combat pour la libération et l’émancipation se transforment très vite en une sorte de guerre civile à l’échelle du monde arabe opposant des régimes et forces dites progressistes aux régimes pro-occidentaux et réactionnaires. Les coups d’Etat des « Officiers libres» se succèdent dans plusieurs capitales arabes, parallèlement aux pressions politiques, économiques, et aux interventions militaires16. En l’absence d’une élite nationale éduquée, d’une conception rationnelle de la politique, d’une tradition étatique enracinée et d’une culture institutionnelle, le mouvement de masses était condamné à verser dans le populisme. Des efforts immenses, humains et matériels ont été perdus dans des actions qui relèvent plus de l’ordre de l’agitation collective que de celui de la réalisation d’objectifs bien déterminés.

La structure du mouvement se réduisait en réalité à sa forme la plus simple : - d’un côté, un chef charismatique dépendant dans son action d’appareils bureaucratiques incompétents, - de l’autre des masses désorganisées qui n’étaient là que pour applaudir et/ou contester.

 

 

Victime de son succès

Le nationalisme arabe a été victime de son succès. En entraînant sur la scène politique des masses qui n’ont connu à travers l’histoire que mépris, isolement et humiliation, en leur promettant de devenir lesacteurs de leur propre histoire, en soulevant tant d’espoir d’émancipation et de justice, il réussit à s’assurer un soutien populaire immense. Mais en ne sachant ou ne pouvant se doter de moyens politiques, intellectuels et institutionnels indispensables à la réalisation de ses promesses, il s’est condamné à l’échec. La rapidité avec laquelle les mêmes masses vont déserter l’idéologie et le mouvement nationalistes, était d’ailleurs à la mesure de la déception qu’ils ont engendrée17. L’islamisme qui va leur succéder en a hérité les défauts.

 

En reproduisant, sur des bases conceptuelles plus confuses et controversées, le même schéma populiste, il se met dans l’impasse et se condamne à l’échec. Sa force est due plus à l’absence d’alternative face à l’offensive néocoloniale qui vise à réassurer son contrôle sur cette région hyperstratégique qu’à sa puissance. Son projet d’instaurer un Etat dit islamique n’est, malgré les apparences, pas rassembleur comme l’a été celui de l’arabisme qui est incontestablement à l’origine du plus grand mouvement de sensibilisation politique et d’éveil des classes populaires à l’intérêt public qu’a jamais connu l’histoire des sociétés arabes18. Il est au contraire la source d’une plus grande confusion politique et la cause d’une grande division au sein de l’opinion. Ainsi, mouvement majoritaire sur le plan idéologique et politique, l’islamisme n’a réussi aucun de ses objectifs. Il n’arrive même pas à rompre l’encerclement qui lui est imposé par les élites au pouvoir.

 

 Son impuissance paradoxale se manifeste par son incapacité à peser sur le cours de l’événement. Ainsi, c’est en sa présence comme force politique et idéologique prédominante que s’est opérée la transformation des projets nationaux en projets de domination clanique, et que s’est généralisée la corruption. Le peu de résistance que les peuples ont opposé au projet de détournement des politiques nationalistes par les élites au pouvoir, jusqu’à fonder ce que l’on appelle aujourd’hui des républiques monarchiques où les parents laissent leur pouvoir en héritage à leurs descendants, constitue la meilleure illustration de cette impuissance.

 

 

Par delà nationalisme et islamisme

Y a-t-il encore une chance pour que ce projet nationaliste et séculier arabe qui a suscité tant d’espoir puisse se régénérer ou est-il définitivement dépassé ?Au-delà de son caractère spécifique, l’échec du nationalisme arabe pose la question de la viabilité d’un projet de construction de nation à l’ère de l’impérialisme et de la mondialisation. Le mythe sur lequel tout projet nationaliste repose est largement entamé depuis l’émergence du phénomène au 19è siècle. La désillusion engendrée par les multiples guerres et conflits associés au nationalisme, la trahison des élites, le dépassement dans la pratique de la notion de souveraineté nationale, le discrédit du politique même, de plus en plus impuissant face au monde des affaires, des appareils sécuritaires et des réseaux d’intérêts occultes, se réunissent aujourd’hui pour empêcher le mythe de nation de fonctionner comme il l’a fait dans le passé. Il ne peut plus transcender ou même dissimuler les conflits d’intérêt inhérents à toute société, au moment où la culture de consommation, la recherche du plaisir immédiat et de l’épanouissement des individualités deviennent les critères du bonheur et de la valorisation de soi. Le culte de la puissance, nationale et collective, est perçu aujourd’hui plus comme un défaut, une tare qu’une valeur stimulante.

 

Cela dit, une fédération des pays arabes, partielle ou complète, et son insertion dans le cadre plus large d’une organisation régionale regroupant toutes les nations du Moyen Orient, reste en soi un projet historique prometteur, voire incontournable dans toute perspective de sortir la région de sa crise majeure et endémique, due en grande partie à l’incohérence et à l’instabilité de sa structure géopolitique. En d’autres termes, ce qui a échoué et qui demande à être révisé n’est pas l’aspiration à l’unité dans une région qui, depuis l’éclatement de l’empire ottoman, n’a connu que les guerres et les conflits. Ce n’est pas non plus la solidarité entre les peuples arabes, en particulier avec le peuple de Palestine, mais ce sont les approches archaïques d’inspiration nationaliste classique qui ont miné tous les efforts d’intégration des peuples arabes comme beaucoup d’autres peuples dans la période de l’après guerre.

 

 

Découvrir et croire à ses forces

En abandonnant l’hypothèse nationaliste, les Arabes peuvent compter sur des réseaux de solidarité, de stabilité et de sécurité nouvelles et s’offrir d’autres perspectives plus prometteuses. Il s’agit de perspectives régionales où les Arabes sont invités à travailler côte à côte avec les Turcs, les Iraniens, les Kurdes, les Israéliens (une fois débarrassés del’option colonialiste), et de tous les autres peuples de la région. Cela afin de faire du Moyen Orient tout ce qui lui manque cruellement aujourd’hui, c’est-à-dire une zone de paix, de développement, de sécurité, de coopération, de respect mutuel, de Droit et de démocratie. Ce sont là les conditions indispensables à la prospérité. L’avenir des Arabes dépend de la fin de l’état d’aliénation qui caractérise leur rapport à l’Occident, incarné autant dans la volonté de triompher et d’abolir sa séculaire domination, de plus en plus problématique, voire illusoire, que par la quête de sa bénédiction et la foi en sa protection.

  

Ce qui demande des Arabes de tenter de regarder en eux-mêmes et autour d’eux, de découvrir leurs forces et celles de leurs voisins, d’y croire et de compter sur elles pour trouver des solutions aux problèmes souvent provoqués par la domination étrangère. La coopération pour la mise en oeuvre d’un projet régional effectif est la seule option susceptible de répondre aux aspirations des peuples du Moyen Orient et de combler le vide politique et stratégique créé par l’effondrement tout récent de la stratégie américano-israélienne dans la région. Le mot d’ordre des Arabes doit être désormais, « zut » à l’Occident, ni plus ni moins. C’est le prix à payer pour se libérer de ce spectre qui a hanté, des siècles durant, qui hante encore leurs nuits.

 

 

 

Notes

  1. Voir en particulier Abdel Aziz Addouri, La formation historique de la nation arabe : identité et conscience, MarkazDirasat al Wahda al Arabiya, Beyrouth, 1986.

L’Organisation des Frères Musulmans qui voyait dans le nationalisme une idéologie rivale pendant les années 1950-60 s’est beaucoup rapprochée des idées arabistes dans les deux dernières décennies. La critique de l’arabisme vient beaucoup plus du côté de l’islamisme contemporain radical. Voir, Olivier Carré, M. Seurat, Les Frères Musulmans (1928-1982), L’Harmattan, version numérique, mars 2002.

  1. C’est également la position de l’un des spécialistes français de l’histoire de la pensée arabe moderne, Olivier Carré qui est arrivé à la même conclusion à partir de l’analyse des attitudes développées par cette idéologie à l’égard de l’implantation israélienne en Palestine. Voir O. Carré, Le nationalisme arabe, Fayard, Paris 1993. Mais ce n’est rien face à Le croissant et la croix gammée ou les secrets de l’alliance entre l’Islam et le nazisme d’Hitler à nos jours, de Roger Faligot et Rémi Kaufer aux éd. Albin Michel (1990), qui est un simple travail de diffamation. Fouad Ajamiavanceégalement des thèsestrès critiques dans The End of Pan-Arabism, in Pan-Arabism and Arab nationalism: The Continuing Debate, ed. Tawfic E. Farah, Boulder, Colo.: Westview Press, 1987 et The Arab Predicament: Arab Political Thought and Practice Since 1967, Cambridge: Cambridge University Press, 1992. Pour des approches plus scientifiquesvoir par exempleZeine N. Zeine, ArabTurkish Relations and the Emergence of Arab nationalism, Beirut: Khayat’s, 1958 ; Sylvia Haim, Arab nationalism: An Anthology, Berkeley and Los Angeles: University of California Press, 1962; C. Ernest Dawn, From Ottomanism to Arabism: Essays on the Origins of Arab Nationalism, Urbana, Ill.: University of Illinois Press, 1973; Philip S. Khoury, Urban Notables and Arab nationalism: The Politics of Damascus 1860-1920, Cambridge: Cambridge University Press, 1983.
  2. Par ex. Bernard Lewis, Que s’est-il passé ? L’islam, l’Occident et la modernité, (tr. Fr.), Gallimard 2002. Et, pour plus de développement sur cesujetvoir Edward Saïd, Covering Islam: How the media and the experts determine how we see the rest of the world, Vintage, London, 1997.
  3. Muhammad ShamsaddinMegalommatis, 11/23/05 :http://www.buzzle.com/editorials/11-23-2005-82151.asp
  4. Doctrine fondée par Abdul Wahhab (1720-1792), qui épousa une des filles de Mohamed ibn Saoud. Elle se fonde sur les enseignements de Ibn Taïmya (13e siècle) disciple du grand théologien, Ahmad ibn Hanbal (9e siècle) fondateur de l’école juridique la plus rigoriste de l’islam sunnite.
  5. ArabicThought in the Liberal Age 1789-1939 d’Albert Hourani, London: Oxford UniversityPress, 1962; reprint, Cambridge: Cambridge UniversityPress, 1983)) reste la meilleure référence sur la nahda et le réveil arabe au 19e siècle avec l’ouvrage de George Antonius, The ArabAwakening: The Story of the Arab National Movement, London: H. Hamilton, 1938.
  6. Martin Kramer, « Arab Nationalism: Mistaken Identity, » Daedalus, Summer 1993.
  7. Les Jeunes Turcs est un parti politique nationaliste révolutionnaire et réformateur ottoman, officiellement connu sous le nom de Comité Union et Progrès (CUP) [IttihatveTerakkiCemiyeti], dont les chefs ont pris le pouvoir en 1909 par un coup d’Etat monté contre le Sultan Abdülhamid. Il n’est pas inutile de rappeler ici que c’est un général d’origine arabe, Mahmoud Chevket qui donna l’ordre à la deuxième et à la troisième armées de marcher sur Istanbul, où il pénétra le premier le 24 avril 1909.
  8. Il faut dire que les nationalismes arabes antiturcs comptaient beaucoup sur l’appui de la France et de la Grande Bretagne, qui contrôlaient respectivement l’Afrique du Nord et l’Egypte. Mais leur attitude va changer plus tard lorsqu’ils vont découvrir la cause commune qui les ressemble avec les autres peuples arabes.
  9. Voir à ce sujet notre ouvrage Le malaise arabe, l’Etat contre la nation, La Découverte, Paris 1991. Aussi, une autre approche critique dans The Origins of ArabNationalism de Rashid Khalidi, ColombiaUniversityPress, N.Y. 1991.
  10. La Révolte arabe (1916-1918) est le nom qui a été donné au mouvement de séparation des provinces arabes asiatiques de l’empire ottoman afin de créer un Etat arabe unifié allant d’Alep en Syrie à Aden au Yémen. Elle a été la conséquence d’une coalition regroupant la classe moyenne des grandes villes de Syrie naturelle et les chefs religieux du Hedjaz, en Arabie, dirigées par Cherif Hussein ibn Ali.
  11. Il existe une vaste littérature sur les projets de développement qui ont occupé les pouvoirs nationalistes et progressistes en Egypte, Algérie, Irak, Syrie, Soudan, Yémen et autres. Mais les meilleures illustrations sont les chartes nationales publiées par les différents régimes dans les années 1950-60 et approuvées comme des plateformes des mouvements nationaux.
  12. Notamment Roger Bastide, voir l’article « Acculturation », in EncyclopediaUniversalis, Paris.
  13. C’est la raison d’être du Congrès national-islamiste (al Mutamar al qawmi al islami) qui s’est fixé pour but de réconcilier les deux tendances et de les aider à créer une large coalition nationaliste-islamiste. Il se réunit pour le moment une fois tous les deux ans.
  14. Robert D. Kaplan, « Arab nationalism’s last gasp », Atlantic Monthly, 7 janvier 07.
  15. La fièvre du nationalisme arabe touche tous les pays de la Ligue arabe, de l’Irak jusqu’à la Mauritanie. Même l’Arabie Saoudite, bastion sans conteste du conservatisme et de l’archaïsme politique n’a pas été épargnée. Une tentative d’un coup d’Etat nationaliste a été déjouée à la fin des années 1950.
  16. Notre ouvrage op.cit. 18. C’est pourquoi l’islamisme n’est pas, comme le suggère Olivier Roy («L’islamisme, nouveau panarabisme », Les enjeux de 2006, Alternatives Internationales, Hors-série, 3, Décembre 2006), une continuation de l’arabisme même s’il lui emprunte certains aspects extérieurs. Il est plutôt un contrenationalisme. Son anti-américanisme n’est pas un anti-impérialisme. Le nationalisme est un mouvement de rénovation identitaire s’inspirant des valeurs de la modernité politique, le deuxième est une réinvention de l’identité ancienne, un rejet de l’histoire.