Les Syriens de France s’éveillent à la politique

2014-07-13 :: ARTE journal

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Burhan Ghalioun est professeur de sociologie politique à l’Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris III) et directeur du Centre d’Etude sur l’Orient Contemporain (CEOC), auteur notamment de « Le malaise arabe : l’Etat contre la nation » et « Islam et politique : la modernité trahie » aux Éditions La Découverte. Il est installé en France depuis 1978.

 

Quels sont les différents mouvements d’opposition syrienne en France aujourd’hui?

Tout change très vite aujourd’hui, il y a presque chaque jour des nouveaux mouvements qui émergent. La Syrie est un pays qui a été éloigné de la politique pendant près de cinquante ans et qui voit renaître depuis peu de nombreuses vocations politiques.
Plusieurs associations se sont crées en France depuis la récente révolution comme par exemple l’association « Souria Houria », « Syrie Libre », qui regroupe des jeunes qui militent pour la démocratie en Syrie et soutiennent la révolution des jeunes Syriens.
Mais les deux coalitions politiques syriennes les plus importantes et qui ont leurs représentants respectifs en France sont le « Comité de la Déclaration de Damas » et « Le comité national de coordination pour le changement démocratique en Syrie ». La première, créée en 2007 rassemble plusieurs partis politiques dont l’ex-parti communiste devenu le Parti du Peuple Démocratique, ainsi que des partis kurdes ou arabes. La seconde coalition, quant à elle, fut créée il y a peu, en juin, et elle rassemble dix-sept petits partis de sensibilité de gauche, gauche-centre, gauche nationaliste, gauche marxiste dont le « Rassemblement national démocratique ». C’est la coalition la plus importante de la gauche syrienne, avec toutes ses mouvances.
A côté de ces deux principales organisations, il y a aussi les partis kurdes qui ont leurs propres représentants et leurs propres structures autonomes en France. Il y a également les Frères musulmans, mais qui sont très minoritaires en France.

 

Et quels sont les liens de l’opposition en France avec les mouvements d’opposition en Syrie ?

A part les deux principales coalitions qui sont en contact avec leur base syrienne, de nombreux petits groupements se font plutôt à l’échelle de la France entre des amis, des étudiants, des anciens militants de partis politiques. Ceux là ne sont pas forcément en relation directe avec les mouvements syriens mais ils se mettent en relation d’une façon ou d’une autre avec la société civile. Encore une fois tout bouge énormément et ils trouvent le moyen d’avoir des contacts.

 

Quel est le rôle de cette opposition en France ?

Elle est en gestation. Les Syriens de France s’éveillent à la politique et veulent avant tout se rencontrer, discuter de l’avenir de leur pays, surtout la nouvelle génération qui découvre son identité politique et de nouvelles perspectives. C’est de ce niveau-là, ce ne sont pas des mouvements politiques au sens classique du terme et ils ne sont pas encore très organisés et structurés.
Il s’agit plus pour ces mouvements de voir ce qu’ils peuvent apporter à la Syrie, de préparer un retour dans le pays au moment où ce sera possible, pour participer à une transition vers un système démocratique. C’est aujourd’hui l’objectif de tout le monde.